Confidentialité

Chiffrement à accès zéro : ce qu’il couvre et ce qu’il ne couvre pas

Deux boîtes comparées : l’une lisible par le fournisseur, l’autre stockée chiffrée Hébergement classique Hébergement à accès zéro Vos e-mails Copie lisible Le fournisseur ouvre votre courrier stocké Vos e-mails Texte chiffré seul Chiffré avec votre clé dès son arrivée

Le chiffrement à accès zéro est un hébergement de messagerie où chaque message qui vous arrive est chiffré avec votre clé publique avant d’être écrit sur disque : le fournisseur conserve une copie qu’il ne peut pas ouvrir. La clé privée correspondante est sur ses serveurs aussi, mais chiffrée sous une clé dérivée de votre mot de passe — que le fournisseur ne détient jamais en clair. Rien d’exotique : de la cryptographie à clé publique ordinaire, appliquée à l’instant de la livraison, et l’affirmation la plus forte qu’un hébergeur puisse honnêtement faire sur les données qu’il garde.

Une précision de vocabulaire, puisque le français range trop de choses sous « messagerie chiffrée » : il s’agit ici d’e-mail, pas de messagerie instantanée. Signal chiffre de bout en bout entre deux applications qui parlent le même protocole ; un fournisseur à accès zéro chiffre au repos ce qu’un serveur inconnu vient de lui livrer en clair.

L’affirmation est aussi plus étroite qu’on ne l’entend. « Nous ne pouvons pas lire vos e-mails » porte sur les messages stockés : rien sur le trajet du message, ni sur qui l’a lu en entrant, ni sur ce qui arrive quand le compte devient lui-même le problème.

Comment fonctionne le chiffrement à accès zéro ?

Une paire de clés par boîte, générée à la création du compte. La moitié publique reste sur le serveur pour que le courrier soit chiffré dès son arrivée ; la moitié privée y est stockée enveloppée dans une clé dérivée de votre mot de passe, et ne se déverrouille qu’à votre connexion.

La livraison suit un ordre fixe. Le serveur expéditeur remet le message au point d’entrée en SMTP ; le service vérifie SPF, DKIM et DMARC, filtre le spam et les logiciels malveillants, construit son index, puis chiffre le résultat avec votre clé publique et l’écrit. Ensuite, le fichier ne s’ouvre qu’avec une clé que le fournisseur détient sous une forme inutilisable pour lui.

Deux conséquences en découlent. Tout ce que le serveur doit faire avec le contenu de votre courrier se produit dans la fenêtre qui précède le chiffrement, ou dans votre client après coup — c’est pourquoi les fournisseurs à accès zéro exécutent la recherche dans le navigateur, et pourquoi elle est plus lente que celle de Gmail. Et votre mot de passe devient un élément porteur, ce qu’il n’était jamais chez un hébergeur classique : c’est lui qui déverrouille la clé, donc la phrase de récupération remise à la création du compte est l’identifiant véritable.

Accès zéro et bout en bout, est-ce la même chose ?

Non, et les deux se confondent en permanence. L’accès zéro protège un message au repos contre l’entreprise qui le stocke ; le bout en bout protège un message en transit, de sorte qu’aucun intermédiaire — les fournisseurs des deux correspondants inclus — ne détienne jamais de texte en clair.

Un message envoyé depuis Gmail vers une boîte à accès zéro n’est pas chiffré de bout en bout. Il a traversé l’internet sous TLS de saut en saut, est arrivé lisible, a été lu pour le filtrage, et n’est devenu texte chiffré qu’après : le chiffrement au repos a été appliqué par une partie qui avait déjà vu le message entier.

Un bout en bout véritable par e-mail exige la participation des deux extrémités : PGP ou S/MIME avec un échange de clés, ou deux comptes chez le même fournisseur dont les clients s’en chargent sans le dire. Ce dernier cas explique la survie du malentendu — de Proton à Proton et de Tuta à Tuta, c’est réellement du bout en bout — et il ne couvre chez la plupart des gens qu’une petite part de la correspondance. Tout ce qui part vers le reste du monde et en revient est chiffré en transit et à accès zéro au repos : une garantie différente, et plus faible.

Que ne couvre pas le chiffrement à accès zéro ?

Les métadonnées en transit, la fenêtre en clair à la livraison, les copies détenues par les autres, et la garde.

Les données d’enveloppe ne sont pas la charge utile. Qui a écrit à qui, quand, depuis quelle adresse IP et par quels relais : chaque serveur qui touche le message le voit et le journalise. L’objet est une zone grise — certaines implémentations le chiffrent au repos, beaucoup non, et tout objet passé par SMTP est passé lisible.

Le filtrage doit lire le message. Un fournisseur qui filtre votre spam a vu votre courrier, et les deux faits sont vrais en même temps. Quiconque prétend filtrer un courrier qu’il n’a jamais pu lire décrit quelque chose qui ne fonctionne pas.

Les copies de vos correspondants ne sont pas les vôtres. Le message posé dans leur Gmail est l’affaire de Google, et aucune clé de votre côté ne l’atteint.

Qui détient le texte chiffré, et pourquoi cela compte-t-il ?

Le fournisseur : ses disques, son datacenter, sa juridiction, son système de comptes. Le chiffrement répond à « peuvent-ils le lire ». La garde répond à « peuvent-ils me le retirer », et les deux échouent indépendamment.

Une réquisition adressée à un fournisseur à accès zéro produit tout ce que le chiffrement ne couvre pas : texte chiffré, données de compte et de facturation, adresses IP de connexion, journaux d’enveloppe. Souvent, exactement ce que cherchait l’enquêteur. En 2021, Proton s’est conformé à une ordonnance suisse contraignante et a journalisé l’adresse IP d’un compte sous enquête ; rien n’a été cassé, parce que rien n’avait besoin de l’être.

La juridiction suit la société plutôt que le matériel. Le CLOUD Act américain, en vigueur depuis 2018, atteint les données qu’un fournisseur de droit américain contrôle, quel que soit le pays où tournent les disques. La qualification SecNumCloud de l’ANSSI raisonne pareil : elle juge l’immunité aux lois extra-européennes à l’échelle de l’actionnariat, pas du datacenter.

La perte d’accès est le mode de défaillance que personne n’anticipe. Un compte suspendu, une carte refusée, un litige, un mot de passe oublié sans phrase de récupération : votre archive reste mathématiquement à l’abri et devient injoignable pour toujours. L’accès zéro rend cela plus tranchant, pas plus doux — un fournisseur qui ne peut vraiment pas lire votre courrier ne peut pas non plus vous y laisser rentrer.

Quelles questions poser à un fournisseur qui annonce un accès zéro ?

Six questions, chacune avec une réponse précise si le fournisseur joue franc jeu.

À quel moment exact un message est-il chiffré, et qu’est-ce qui s’exécute avant ? Tout ce qui touche du texte en clair doit pouvoir être nommé.

L’objet est-il chiffré au repos, ou seulement le corps ?

Où vit la clé privée, qu’est-ce qui la déverrouille, et le serveur la détient-il parfois déverrouillée en mémoire pour afficher ma boîte dans un navigateur ?

Si je perds mon mot de passe et ma phrase de récupération, qu’est-ce qui récupère mon courrier ? « Rien » est une réponse respectable ; le flou ne l’est pas.

Qui détient le texte chiffré, et sous le droit de quel pays cette entité se trouve-t-elle ?

Le format de stockage est-il documenté assez pour qu’un autre logiciel que le vôtre lise une archive exportée ?

Le chiffrement à accès zéro est un progrès réel et mérite d’être choisi. Le fournisseur dont il faut se méfier est celui dont la page d’accueil promet que personne ne peut lire vos e-mails et dont la réponse à la première question est un paragraphe sur son attachement à la vie privée.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le chiffrement à accès zéro ?

C’est un hébergement de messagerie dans lequel chaque message qui vous arrive est chiffré avec votre clé publique avant d’être stocké : le fournisseur garde une copie qu’il ne peut pas ouvrir. La clé privée correspondante est conservée chiffrée sous votre mot de passe, que le fournisseur ne détient jamais en clair.

Le chiffrement à accès zéro est-il la même chose que le chiffrement de bout en bout ?

Non. L’accès zéro protège un message stocké contre l’entreprise qui le stocke ; le bout en bout protège un message en transit, de sorte qu’aucun intermédiaire ne détienne jamais de texte en clair. Un courrier envoyé depuis Gmail vers une boîte à accès zéro n’est pas chiffré de bout en bout : il est arrivé lisible et n’a été chiffré qu’ensuite, par une partie qui l’avait déjà vu.

Une messagerie chiffrée à accès zéro protège-t-elle comme Signal ?

Non, et les deux mots « messagerie chiffrée » recouvrent deux choses distinctes en français. Signal ou WhatsApp chiffrent de bout en bout entre deux applications qui suivent le même protocole. Un fournisseur d’e-mail à accès zéro chiffre au repos un message que n’importe quel serveur du monde vient de lui livrer en clair par SMTP. La garantie de l’e-mail porte sur le stockage, pas sur le trajet.

Que ne protège pas le chiffrement à accès zéro ?

Les métadonnées d’enveloppe, la fenêtre en clair à la livraison, et la garde. Qui a écrit à qui, quand et par quels relais est visible de chaque serveur qui traite le message ; le filtrage du spam doit lire le message avant qu’il soit chiffré ; et le fournisseur détient toujours le texte chiffré, sous son propre système de comptes et sa propre juridiction.

Un fournisseur à accès zéro peut-il remettre mon courrier à la justice ?

Il peut remettre tout ce que le chiffrement ne couvre pas : texte chiffré, données de compte et de facturation, adresses IP de connexion, journaux d’enveloppe. En 2021, Proton s’est conformé à une ordonnance suisse contraignante et a journalisé l’adresse IP d’un compte sous enquête, sans qu’aucune cryptographie soit cassée.

Que devient une boîte à accès zéro si je perds mon mot de passe ?

L’archive est généralement perdue. Le mot de passe déverrouille la clé privée : un fournisseur qui ne peut vraiment pas lire votre courrier ne peut pas non plus vous rendre l’accès. La phrase de récupération remise à la création du compte est l’identifiant réel, et c’est celui que les gens égarent.